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le jeudi 8 décembre 2005 - 14 heures


Quelques point de départ :

C'est sous le signe de la résistance que s'organise la journée de conférences du 8 décembre 2005. Résistance qui s'accompagne néanmoins d'une adhésion aux nouveaux procédés, aux nouveaux supports et à l'éclosion d'œuvres qui ont pris parti pour des technologies souvent perfectionnées. On peut comprendre la résistance de deux manières : quand les nouvelles technologies remettent en cause notre manière de regarder le monde et de l'habiter en tant que sujet, il est normal qu'une certaine méfiance s'installe ; quand les nouvelles technologies permettent d'anticiper sur des œuvres encore plus abouties (la suppression de l'écran tel qu'il existe aujourd'hui, par exemple) sans que les moyens permettent de les réaliser dans l'immédiat. Il y a donc d'une part, résistance de l'homme dont les représentations et l'imaginaire sont changés, d'autre part, résistance des technologies devant la virtualité toute puissante de l'œuvre, à savoir ce qu'elle engendre comme nouveaux espaces à imaginer. Les nouvelles technologies remettent sérieusement en cause notre manière de voir : notre imaginaire est transformé, nos valeurs déplacées. Il y a donc résistance. Résistance devant la notion de virtuel qui est à la fois séduisante parce qu'elle permet de penser des mondes hypothétiques, mais dangereuse. Elle échappe à la matière (le matériau de la pellicule, par exemple) et à la réalité : « Certains prétendent que l'image numérique n'est pas représentative car elle est encodée et n'enregistre ni ne reproduit la réalité physique. » (C. Paul, 2004, p. 47-8). Résistance à l'œuvre qui n'est plus un objet fixe, délimité dans l'espace et le temps, mais modulable, changeant, « composite », voué au hasard et parfois défaillant. Le « trop de possibilités » tue l'œuvre d'art telle qu'on la concevait jusqu'à aujourd'hui (et malgré des évolutions déjà marquées au vingtième siècle) et peut-être même la notion d'œuvre. Mais qu'en pense l'artiste et que peut-il nous dire sur ce qu'il cherche à obtenir ? Car plusieurs phénomènes entament la confiance dans l'œuvre. L'absence de distanciation nécessaire à la réception, par exemple : le temps réel abolit cet espace sécurisant plongeant le spectateur dans le cœur même de l'œuvre. Résistance au monde du contrôle et du voyeurisme qui gêne le spectateur et le citoyen. On peut dire que le danger est double parce que de tels procédés ne permettent plus de différencier le domaine de l'art de celui de la réalité. De plus, ces procédés sont incontrôlables pour le spectateur qui est parfois et à son insu littéralement pris au piège : c'est l'œuvre qui vient à lui et non l'inverse. Que la machine puisse penser et organiser à notre place est relativement nouveau et déstabilisant. Elle se substitue à l'homme, mais aussi d'une certaine manière à l'œuvre ; que paradoxalement, l'œuvre ne puisse se passer du spectateur est également très ambigu : « La manifestation visuelle d'une œuvre en vient même dans certains cas à dépendre du spectateur : sans sa contribution, une œuvre peut littéralement se résumer à un écran vide. » (C. Paul, 2004, p. 68). On peut aussi se demander jusqu'à quel point les nouvelles technologies ne sont pas responsables du malaise et de la fascination liés aux questions du corps et de l'identité : qui suis-je, moi qui peux être dupliqué, qui suis doué d'ubiquité et de vitesses nouvelles ? quelle est la nature de mes nouveaux pouvoirs ? etc. ; « entre incarnation et désincarnation » se situe désormais le sort de l'homme matière et esprit. Peut on dire qu'il s'agit là de la préfiguration d' « un avenir relativement proche dans lequel la réalité virtuelle pourrait devenir une seconde nature qui bouleverserait les fondements de nos modes de perception et remettrait en cause la dichotomie chair/esprit » ? (C. Paul, 2004, p. 132). Bibliographie : Christiane Paul, L'Art numérique. Paris : Thames § Hudson, 2004. Quatre invités, un théoricien et trois artistes appartenant à des univers différents, la vidéo, le théâtre et les arts plastiques nous invitent à réfléchir la notion de « résistance ».

« Résistances » par Xavier Sense

Né en 1979, Xavier Sense vit et travaille à Lille et Paris. Après des études d'audiovisuel et de multimédia, ainsi que de multiples collaborations avec des centres d'art et de recherche (Le Fresnoy, CICV Pierre Schaeffer et Fournos), Xavier Sense est doctorant en esthétique et philosophie de l'art à l'université de Paris X. Ses recherches portent sur la création artistique comme geste résistant à la technique par la technique. Il est, par ailleurs, chargé de cours aux universités de Paris X, Lille et Valenciennes. « Le point de départ de cette intervention est essentiellement réflexif. Il s'agit d'un concept, celui de résistance. Une résistance au sens physique du terme lorsque par exemple deux forces entrent dans un rapport non d'opposition ou de contradiction mais de contrariété. Résister, ici, consisterait donc moins en un devoir ou un droit motivé par une quelconque valeur, au nom de l'homme par exemple, mais davantage en une pratique immanente à son objet. Cet objet, c'est l'art. L'art comme ce quelque chose qui résiste, qui désajuste, disjoint et obstrue à même l'expérience. Il est nécessaire d'établir une généalogie des actes de résistance à travers l'histoire des « faits d'art »: comment a lieu un tel contre ? comment s'informe-t-il ? quelles en sont les modalités? La question sera notamment de savoir comment on peut créer de nouveaux usages qui viennent dysfonctionner la technique et les nouvelles technologiques à même leur usage. L'intention théorique de cette intervention serait, pour la résumer en quelques mots, de manifester dans l'art la présence d'un mouvement de dés-anthropomorphisation de la technique lors même qu'elle se définit comme étant la puissance propre de l'homme. » L'exposé passera à travers de grandes figures de l'art moderne : entre autres Duchamp et les ready-mades (La Roue de Bicyclette qui, inversée et fixée sur un tabouret, devient inutile) ; Mallarmé dont la parole essentielle et les mots ne font plus signe mais forment un corps opaque, indiscret et sensible résistant à toute communication, à toute signification, à toute circulation univoque ; les machines de Tinguely qui sont bien souvent malades, grinçantes et haletantes, amenées à des dysfonctionnements inévitables, ou plutôt qui sont tout simplement des machines qui fonctionneraient sans être pourtant réglée par un quelconque ordre ; Godard et son éthique du montage dont chaque coupe est exposée comme entre-deux et comme une (im)possibilité d'une pensée de la relation, au lieu d'être oubliée au profit d'une histoire racontée ; Fluxus (Nam June Paik) où l'on trouve une certaine instrumentalisation d'effets dysfonctionnant ; Bruce Nauman ou encore Dan Graham où chaque dispositif est épuisé dans son utilisation jusqu'à un retour à une simple présence dénudée, etc.

« La perception du temps et notre relation à l'image dans l'univers technologique digital » par Cyrille C. de Laleu.

Née à Paris, Cyrille C. de Laleu vit et travaille à Marseille. Depuis 1998, elle poursuit un travail d'expérimentation et de recherche sur les formes émergentes de "l'image en mouvement", en réalisant des installations et des vidéos diffusées dans les festivals nationaux et internationaux (Les 13es Instants Vidéo de Manosque, le Festival d'Arts Multimédia Urbains (Belfort), Festival Enter( Prague), Biz art (Shanghai), FIAVO4: Festival d'Images Artistiques Vidéo ( Milan), Noorderzon Festival (Groningen, Pays-Bas). Parallèlement à sa production personnelle, elle enseigne au Centre Universitaire de Nîmes (chargée de TD en Art et Nouvelles Technologies) et participe à de nombreux projets artistiques collectifs (CICV, Centre international de Création Vidéo ; N+N Corsino). Dernièrement, Cyrille C. de Laleu a co-réalisé avec Peter Sinclair "A.V.A.D", une installation multimédia en temps réel. Cyrille C. de Laleu présentera sa démarche artistique qui se fonde sur notre perception du temps et notre relation à l'image dans l'univers technologique digital. Qu'est ce qu'une image ? qu'est ce qu'une image interactive ? Qu'est ce que la plasticité et l'esthétique d'une image et comment la temporalité liée à sa spatialisation change sa nature et sa fonction ? Pour plus de détails, voir son site :http://nujus.net/~cyrille/index.htm

« Le théâtre, espace de transmission » par Jean Lambert-wild

Né en 1972. Il a été l'assistant de Michel Dubois, Jean-Yves Lazennec, Matthias Langhoff et Philippe Goyard. Depuis 1998, il est le directeur artistique de la coopérative 326 et parallèlement depuis 2000 il est artiste associé au Granit - Scène Nationale de Belfort. Il a écrit et mis en scène ses textes comme : Grande Lessive de printemps en 1990, V versus W en 1997, Splendeur et Lassitude du Capitaine Marion Déperrier en 1999. Il a écrit en 1999 : Drumlike, commande pour une composition musicale de Jean-Luc Therminarias. Il a mis en scène Les Troyennes de Sénèque en 1993, Yvonne, princesse de Bourgogne de ombrowicz en 1995, Aquarium d'après Maison d'arrêt de Bond en 1997, Le Terrier de Franz Kafka en 2000, L'appariteur de hristophe Blangero en 2002, L'appariteur le Goual en 2004, Nous verrons bien en 2005. Il a été scénographe de Vater Land de Wenzel mis en scène par Philippe Goyard en 1997, de Combat de Nègre et de Chiens de B.M. Koltès mis en scène par Philippe Goyard en 1998. Il réalise aussi de nombreuses Calentures comme, Paradis en 1998, Noyades en 1999 Walk-Don't Walk, L'immensité mobile du rien et Aphtes en 2000, Aegri Somnia, Dédicace et Le Mur en 2002, Mon corps à la patrie, tes cendres au panthéon en 2004 , My story is not a loft , Outside memories from inside en 2005. Depuis 2001, Jean Lambert-wild & Jean-Luc Therminarias ont décidé d'approfondir leur collaboration artistique et signent Orgia de Pier Paolo Pasolini en 2001, Spaghetti's Club en 2002 (pour lequel ils obtiennent la bourse Villa Médicis hors-les-murs), Crise de Nerfs-Parlez-moi d'amour en 2003, Mue -Première Mélopée en 2005. Ils travaillent actuellement à l'écriture de Don't Mess with Texas ainsi qu'à la mise en écho des Malheurs de Job. Commencé il y a plusieurs années lors des spectacles Orgia, Spaghetti's Club et Crise de Nerfs - Parlez-moi d'amour, le travail de la Coopérative 326 sur la spatialisation du son est en évolution permanente grâce aux expériences menées lors de nombreuses utilisations dans les espaces de spectacles. Ces applications doivent permettre une utilisation encore plus souple et une application encore plus directe à différents types de spectacles complexes. De plus, ils doivent maintenant être capable d'envoyer des informations aux autres médias, tels que la lumière, pour acccroître une collaboration devenue indispensable dans nos nouvelles formes de spectacle. Jean Lambert-wild nous parlera aussi de son spectacle Mue -Première Mélopée-Un discours de Sereburã accompagné d'un rêve de Waëhipo junior et des mythes de la communauté Xavante d'Etênhiritipa et du dispositif scénique qu'il a imaginé pour ce spectacle qui mise sur la transmission de la parole dans un espace théâtral. Il évoquera en particulier et à travers les différentes et nombreuses expériences qu'il a de ces nouveaux espaces, la place qu'il accorde aux nouvelles technologies, mais aussi les questions que ces outils posent aux valeurs de transmission.

« La résistance numérique » par Jean-Noël Montagné

Jean-Noël Montagné est plasticien et utilise des technologies d'interaction sensitive avec le spectateur depuis 1992. Il fonde en 1999 l'association Art Sensitif, association d'artistes, d'ingénieurs et de médiateurs culturels qui travaillent avec des technologies de captation et d'interaction temps réel. Il mène au sein de cette association des actions de formation sur les technologies libres pour la création artistique numérique interactive. Il assure également une veille culturelle et technologique au sein d'une liste de diffusion consacrée à l'interaction sensorielle. Jean-Noël Montagné dirige actuellement à Mains d'Oeuvres la création du premier centre de ressources dédié à la captation et à l'actuation temps réel, où artistes, metteurs-en-scène, enseignants, chorégraphes, architectes, urbanistes et tous créateurs voulant utiliser des technologies sensorielles pourront éprouver les principes de captation et d'interactivité. Deux mondes se dessinent depuis la vulgarisation d'Internet : l'un cherche encore à contrôler la dissémination de la culture et du savoir, l'autre cherche au contraire le libre accès aux contenus, aux outils et aux pratiques. Les technologies numériques et les technologies de réseau sont devenues de formidables outils de résistance et d'alternative au formatage de la pensée, aux industries des contenus et industries du comportement. Chaque apparition d'un outil numérique, chaque définition d'une norme, chaque fonctionnalité, chaque décision technologique est inévitablement une décision politique globale. Pour plus de précisions, voir le site : http://www.artsens.org

Date de publication : 02/11/2005

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